Il n'y a pas eu un moment unique qui m'ait conduite vers le mobilier. Ce fut une évolution progressive. J'ai toujours eu une sensibilité esthétique vive, profondément attirée par la beauté, avec un besoin inné de créer. Longtemps, cette sensibilité s'est exprimée dans les intérieurs — dans la façon dont une pièce peut se construire à partir d'un assemblage de meubles et d'objets jusqu'à trouver un équilibre plus grand que chaque élément. Mon parcours est dans la direction créative : j'ai passé des années à construire des récits dans l'hospitalité, aux côtés de talents remarquables du design et au-delà. Cet instinct — allier une attention extrême au détail et la capacité à tisser une histoire cohérente à partir d'éléments disparates — est le fondement de tout ce que je fais aujourd'hui. Ces dernières années, mon regard est passé de la pièce à l'objet lui-même. Je me suis passionnée pour le processus : les matériaux bruts, la précision, et la discipline qu'exige l'artisanat. Au fond, j'en suis venue à voir ce niveau de savoir-faire comme une forme d'art discrète et puissante.
Atelier FM : la confiance discrète
Qu'est-ce qui vous a d'abord attirée vers l'art et le design ? Y a-t-il eu un moment décisif qui a tracé votre chemin ?
Pouvez-vous nous parler de votre processus créatif ? Comment une idée prend-elle forme, de l'étincelle initiale à la pièce achevée ?
Mon processus créatif commence naturellement par un récit. Bien avant de dessiner une forme, je pars d'un sentiment ou d'un rituel plutôt que d'une silhouette ; je ne peux pas créer une table juste pour créer une table. Il faut une intention — une histoire, un but — pour qu'elle existe comme partie de quelque chose de plus grand qu'elle. Parce que le récit vient toujours en premier, mes collections restent intimes par nature, rarement plus de huit ou neuf pièces, et chacune doit dialoguer avec les autres avant que le reste puisse se mettre en place. Ensuite, l'idée trouve sa voie dans la matière. Je choisis ces médiums avec une grande précision, en laissant le matériau parler avant la forme ou la proportion. Pour moi, la matière doit être respectée avant d'être façonnée ; elle est le cœur de la pièce. Une fois cela réglé, je choisis les bons artisans pour la collection. J'ai la chance immense de travailler avec certains des plus talentueux au monde. Venant d'horizons et de disciplines différents, chacun apporte une force unique que j'essaie de mettre en avant plutôt que d'aplanir. Ensemble, nous trouvons la juste retenue dont chaque pièce a besoin. En tant que designer autodidacte, mon processus n'a jamais reposé sur une technique héritée. Il se construit sur l'instinct, confronté sans cesse à un artisanat d'excellence. Mon rêve, après tout, a toujours été d'être architecte. Je pense que ce désir n'a jamais vraiment quitté mon travail — il a juste changé d'échelle. Quand je dessine une pièce, je pense structure avant ornement, à la façon dont une ligne porte le poids, à la proportion et à la rigueur de la géométrie. Mes pièces tendent vers des formes rectilignes, des arêtes nettes, et une discipline discrète dans la rencontre des lignes ; c'est le langage avec lequel je construis un objet. D'une certaine façon, chaque pièce que je fais est un petit bâtiment. Elle doit tenir sur sa propre logique, porter sa propre structure, et justifier chaque ligne avant d'avoir le droit d'être aussi belle.
Les matériaux racontent souvent leurs propres histoires. Comment les choisissez-vous, et quel dialogue instaurent-ils dans votre travail ?
Les matériaux racontent vraiment leurs propres histoires. Je les choisis pour ce qu'ils sont, pas pour ce qu'on pourrait leur faire paraître. Chez Atelier FM, la matière n'est jamais une surface à décorer — c'est le point de départ du design. Je suis attirée par les matériaux naturels parce qu'ils portent une histoire, un caractère, et une élégance innée au-delà de leur beauté physique. Pour nos deux premières collections, le placage de bois exotique a été notre ancre, même si j'ai toujours hâte d'explorer d'autres médiums. Je cherche des placages aux grains distincts et aux imperfections naturelles qui captent la lumière autrement au fil de la journée. Plutôt que de les cacher, je laisse le placage honnête, pour que la pièce finale soit à la fois intemporelle et moderne. Ensuite, je choisis un matériau compagnon pour créer un dialogue équilibré. Parfois la pierre ou le cuir, qui ancrent la pièce dans une présence architecturale et discrète. D'autres fois le parchemin ou la laine, qui ajoutent une texture plus douce, plus tactile. Ces derniers temps, le plâtre, la céramique et le bronze m'attirent pour de nouveaux concepts, apportant davantage de poids et de permanence aux formes. Au fond, ces associations ne sont jamais des choix décoratifs posés sur une idée finie. Elles sont l'idée. En gardant chaque matériau proche de sa vérité d'origine, la pièce finale met en avant la beauté brute du médium et le geste de l'artisan, plutôt que seulement la main du designer.
Comment votre style ou votre approche ont-ils évolué au fil des années ? Y a-t-il eu des moments charnières dans votre parcours ?
Le moment décisif, pour moi, a été de découvrir pour la première fois une table de la série Plurimi de la designer italienne Gabriella Crespi. Elle était si ensorcelante qu'elle a scellé ma direction : j'ai su immédiatement que je devais concevoir du mobilier. Ce qui m'a captivée, ce n'était pas seulement son apparence, mais sa transformation : une seule pièce portant plusieurs vies, changeant de forme selon le moment. L'idée qu'un meuble n'avait pas à être statique a tout changé. C'était mystérieux, fonctionnel, et saisissant. Au début, je me suis concentrée sur le métal pour créer un mobilier sculptural, très élégant mais indéniablement sonore. J'ai développé plusieurs prototypes que j'aimais, mais je ne trouvais pas les artisans capables d'exécuter le travail du métal au niveau de précision exigé. J'ai fini par mettre ces dessins de côté. En vivant avec ces prototypes chez moi, mon goût a évolué. Ce qui m'avait d'abord attirée — le brillant, la présence bruyante du métal — a commencé à me lasser. Mon style devenait naturellement plus discret, plus retenu. Comme je croyais encore profondément aux formes sous-jacentes, j'ai décidé de les recréer dans un tout autre médium : le placage de bois. Cette transition m'a menée vers un nouveau cercle de maîtres artisans, et je suis tombée amoureuse de l'art du placage appliqué à la main. C'est vraiment comme peindre avec le bois. Le book-matching et les lignes douces, organiques, ont complètement transformé les designs ; on aurait dit qu'ils avaient toujours été destinés à exister ainsi. Avec le recul, ce n'est pas seulement le matériau qui a évolué ; c'est mon regard sur le design. Je ne voulais plus de meubles qui s'annoncent. Je voulais qu'ils retiennent le regard en silence, comme un secret bien gardé, en laissant le médium et le savoir-faire parler à ma place. Pour moi, c'est cela, la confiance discrète : ne pas avoir besoin que la pièce se retourne pour regarder, mais savoir que l'objet tient tout seul, dans le silence.
Votre travail joue souvent entre expression personnelle et attentes extérieures. Comment naviguez-vous cette ligne ?
Je navigue cette ligne en me rappelant que ma première loyauté doit toujours aller au récit et à la matière. À une époque où les réseaux sociaux ont fait du design rapide et de la nouveauté instantanée la norme, je trouve impossible de créer un objet simplement parce que le marché le demande ; il faut d'abord une raison plus profonde pour qu'il occupe de l'espace dans le monde. Une pièce a besoin d'une histoire personnelle et d'un ancrage émotionnel avant que je puisse commencer à dessiner. Cela dit, je ne vois pas l'attente d'utilité comme un compromis avec mon expression. Une table d'écriture doit encore dialoguer avec la personne qui l'utilise ; une table basse doit mériter sa place par son usage. Répondre à ces besoins fonctionnels est, pour moi, un beau défi ancré. Je protège ma liberté créative en maintenant des limites strictes et un rythme délibéré. C'est pourquoi, depuis notre lancement, Atelier FM n'a présenté que deux collections. Dans ce rythme patient, nous avons construit une esthétique très précise et un public fidèle. Notre travail explore la force discrète de formes simples et retenues, ancrées toujours dans une qualité sans compromis. Au fond, contourner le bruit nous permet de défendre un tempo plus doux, et de créer des pièces profondément personnelles, faites pour dialoguer et accompagner toute une vie.
— Fabiana Machado
Quel rôle l'art et le design jouent-ils dans un monde qui change si vite ? Ont-ils, selon vous, une responsabilité face aux enjeux contemporains ?
Dans un monde qui exige vitesse constante et réinvention permanente, je crois que l'art et le design portent une responsabilité discrète : ralentir. Je crois en des pièces dignes d'être gardées des décennies, pas des saisons. Cette philosophie demande une grande attention. Nous abordons nos approvisionnements et nos collaborations artisanales avec un vrai soin, en cherchant des chemins responsables et en pesant l'impact de chaque choix — sur l'environnement comme sur l'intégrité du design fini. C'est la raison principale pour laquelle les matériaux nobles et l'artisanat d'exception comptent tant pour moi. Ce ne sont pas seulement des choix esthétiques ; c'est une forme de résistance au jetable, et un geste discret de soin pour ce qui vient après nous.
Y a-t-il une pièce, une collection ou un projet qui occupe une place particulière pour vous ? Qu'est-ce qui le rend si important ?
Me demander de choisir, c'est comme demander à une mère de désigner son enfant préféré. En tant que mère de trois enfants, je sais exactement à quel point c'est impossible. Chaque pièce que j'ai créée occupe une place particulière, parce que chacune est née d'une intention pure. Pourtant, quelques-unes se détachent, surtout par la façon dont elles marient usage et forme. La Chair, par exemple, me surprend encore. Elle est composée d'une seule ligne continue, et pourtant elle porte tant de fonctions distinctes dans sa silhouette. En la dessinant, je suis revenue au concept de Crespi : un objet qui porte plusieurs sens. Puis il y a le Screen de notre ligne Additions. Il est né d'un désir qui vivait en moi depuis des années avant que je puisse pleinement l'articuler ; et quand je me suis enfin assise pour croquer, il est arrivé presque sans effort. Le choix initial des matériaux a posé un défi, mais les affiner a fini par laisser la pièce se révéler telle qu'elle devait être. Je suis profondément loyale à ces designs, c'est pourquoi la Coffee Table est la seule typologie que j'ai revisitée sur les deux collections, en deux itérations distinctes, chacune méritant sa place par son utilité. Chaque objet est créé pour tenir entièrement seul. Quand notre deuxième collection est née, elle a été conçue pour vivre aux côtés de la première, jamais pour la remplacer. Et puis il y a la Writing Table. Cela me peine un peu de l'appeler "Desk", même si je sais que c'est le mot le plus familier. J'aime le dialogue discret entre ses trois matériaux ; chacun tient sa place tout en parlant magnifiquement aux autres. À vrai dire, si je m'y attardais, je trouverais quelque chose d'unique à aimer dans chaque pièce que nous avons faite.
Où puisez-vous votre inspiration ? Y a-t-il des rituels, des lieux ou des personnes qui nourrissent sans cesse votre créativité ?
Mes enfants. Pas tant dans le sens de concevoir du mobilier pour enfants — même si je l'ai tenté une fois — mais dans leur imagination et leur façon de voir le monde. Leur simplicité, leur esprit libre, leur courage d'imaginer sans frontières ni peur. Rien ne m'inspire davantage. Je l'avoue : comme tout créatif, il y a des moments où j'ai peur de poser le crayon sur le papier. Dans ces moments, je regarde mes filles et mon fils, leur absence de peur même devant un simple dessin, et cela me donne du courage. Ils n'ont pas peur de se tromper, ni du regard des autres. Les observer me libère pour entrer dans le même état d'esprit, et c'est là que mes idées circulent le plus librement. Cette même liberté me ramène au passé. Si mes enfants m'apprennent à imaginer sans peur, l'histoire m'enseigne ce qu'on peut construire une fois cette peur levée : des époques entières où l'artisanat était poursuivi pour lui-même, sans précipitation et sans excuses. Plusieurs ères du design m'attirent, mais c'est l'Art déco qui cristallise vraiment cette fascination — non seulement pour sa beauté, mais pour la profonde révérence qu'il portait aux matériaux d'exception et aux mains qui les façonnaient. La retenue de Jean-Michel Frank, sa façon de s'effacer pour laisser la matière parler, m'a montré qu'un meuble pouvait porter un récit plutôt que seulement servir une fonction.
Qu'est-ce qui vous enthousiasme le plus pour l'avenir ? De nouvelles idées, collaborations ou médiums que vous avez hâte d'explorer ?
Ces derniers temps, je pense beaucoup à la collaboration : la bonne collaboration. Je dessine surtout seule, alors comme vous pouvez l'imaginer, il se passe beaucoup de choses dans ma tête. Atelier FM s'est toujours construit autour d'un dialogue très étroit — le mien avec la matière, et le mien avec l'artisan qui la façonne — mais rarement une troisième voix dans cette conversation. Je me demande ce que cela voudrait dire d'ouvrir ce cercle. Pas pour diluer la vision, mais pour la confronter à l'instinct de quelqu'un d'autre, qui travaille un autre matériau ou une autre discipline, et qui pourrait me pousser à voir la retenue ou la forme autrement que seule. Je suis aussi attirée par de nouveaux médiums, des matériaux que je n'ai pas encore travaillés, et des techniques qui appartiennent à un métier hors du mobilier, mais qui pourraient parler le même langage d'honnêteté et de réduction. La céramique en est un. Il y a quelque chose dans cette matière qui me fascine : sa fragilité et sa force coexistant. Elle peut se briser en un instant, et pourtant l'argile cuite a survécu à des civilisations entières, tenant sa forme pendant des milliers d'années. Cette tension est proche de ce que j'essaie de faire avec le mobilier : des objets qui paraissent légers, presque précaires, mais construits pour durer. Le bon collaborateur n'apporterait pas seulement une nouvelle compétence, mais un nouveau regard — quelqu'un pour interrompre un peu la solitude, et me rappeler qu'une pièce peut porter plus d'un point de vue et rester entière.
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